{"id":216747,"date":"2002-10-01T04:00:00","date_gmt":"2002-10-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/potestlaunch.irpp.org\/issues\/robert-bourassa-et-leconomie-du-quebec\/"},"modified":"2025-04-14T06:04:19","modified_gmt":"2025-04-14T10:04:19","slug":"robert-bourassa-et-leconomie-du-quebec","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/potestlaunch.irpp.org\/fr\/2002\/10\/robert-bourassa-et-leconomie-du-quebec\/","title":{"rendered":"Robert Bourassa et l&rsquo;\u00e9conomie du Qu\u00e9bec"},"content":{"rendered":"<p>Pendant les trois d\u00e9\u0081cennies que dura sa carri\u00e9\u20acre poli- tique, la grande priorit\u00e9\u0081 du premier ministre Bourassa fut le d\u00e9\u0081veloppement \u00e9\u0081conomique du Qu\u00e9\u0081bec. Le d\u00e9\u0081veloppement social et culturel lui apparaissait encore plus fondamental, mais a\u00cc\u20ac ses yeux une \u00e9\u0081conomie forte \u00e9\u0081tait absolument essentielle a\u00cc\u20ac la construction d&rsquo;une soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081 juste et d&rsquo;une culture vivante. M. Bourassa structura toute sa pen- s\u00e9\u0081e et son action, y compris sa position constitutionnelle, en fonction de cette vision instrumentale de l&rsquo;\u00e9\u0081conomie. Sa strat\u00e9\u0081gie de d\u00e9\u0081veloppement \u00e9\u0081conomique a refl\u00e9\u0081t\u00e9\u0081 quatre pr\u00e9\u0081occupations fondamentales : la cr\u00e9\u0081ation d&#8217;emploi, le d\u00e9\u0081veloppement hydro\u00e9\u0081lectrique, l&rsquo;investissement des entre- prises et la gestion des finances publiques. Nous allons les examiner tour a\u00cc\u20ac tour.<\/p>\n<p>Le coup d&rsquo;envoi de M. Bourassa en politique reposa sur la formule des \u00ab 100 000 emplois en 1971 \u00bb. C&rsquo;\u00e9\u0081tait un coup fumant sur le plan de la propagande, mais, dans les faits, 100 000 emplois cr\u00e9\u0081\u00e9\u0081s en une seule ann\u00e9\u0081e, c\u00cc\u00a7a ne s&rsquo;est pro- duit que trois fois en 50 ans au Qu\u00e9\u0081bec. Par une chance extraordinaire, l&rsquo;ann\u00e9\u0081e \u00e9\u0081lectorale 1973 fut l&rsquo;une de ces ann\u00e9\u0081es exceptionnelles ou\u00cc\u20ac il se cr\u00e9\u0081a 125 000 emplois et ou\u00cc\u20ac M. Bourassa pulv\u00e9\u0081risa l&rsquo;opposition. Toutefois, pour appr\u00e9\u0081cier avec justesse la performance du Qu\u00e9\u0081bec en mati\u00e9\u20acre d&#8217;emploi, il faut pluto\u00cc\u201at voir si, \u00e9\u0081tant soumis a\u00cc\u20ac la m\u00e9\u201ame con- joncture \u00e9\u0081conomique continentale et aux m\u00e9\u201ames politiques f\u00e9\u0081d\u00e9\u0081rales que l&rsquo;Ontario, le Qu\u00e9\u0081bec a mieux ou moins bien fait que son voisin. A\u00cc\u20ac cette fin, le graphique 1 trace l&rsquo;\u00e9\u0081volu- tion annuelle du taux d&#8217;emploi du Qu\u00e9\u0081bec en pourcentage de celui de l&rsquo;Ontario de 1961 a\u00cc\u20ac 2001. On y constate imm\u00e9\u0081- diatement que toute la p\u00e9\u0081riode de 1968 a\u00cc\u20ac 1982 fut marqu\u00e9\u0081e par une d\u00e9\u0081t\u00e9\u0081rioration de la performance d&#8217;emploi relative du Qu\u00e9\u0081bec. Au contraire, la p\u00e9\u0081riode de 1982 a\u00cc\u20ac nos jours a vu l&#8217;emploi au Qu\u00e9\u0081bec remonter la co\u00cc\u201ate par rapport a\u00cc\u20ac l&#8217;emploi en Ontario.<\/p>\n<p>Comment comprendre cette \u00e9\u0081volution et le ro\u00cc\u201ale jou\u00e9\u0081 par M. Bourassa? De 1966 a\u00cc\u20ac 1985, le monde du travail au Qu\u00e9\u0081bec connut une agitation extr\u00e9\u201ame. Apr\u00e9\u20acs la violence politique des ann\u00e9\u0081es 1960 et la Crise d&rsquo;octobre de 1970, M. Bourassa dut affronter une p\u00e9\u0081riode de violence \u00e9\u0081conomique sans pr\u00e9\u0081c\u00e9\u0081dent. L&rsquo;intensit\u00e9\u0081 des conflits de travail entre 1970 et 1976 au Qu\u00e9\u0081bec, que souligne le graphique 2, est parmi les plus \u00e9\u0081lev\u00e9\u0081es jamais enregistr\u00e9\u0081es dans un pays industriel a\u00cc\u20ac l&rsquo;\u00e9\u0081poque contemporaine. Ce rock-and-roll social eut des cons\u00e9\u0081quences d\u00e9\u0081sas- treuses pour l&#8217;emploi. La locomotive salariale entrai\u00cc\u201ana la r\u00e9\u0081mun\u00e9\u0081ration moyenne du secteur priv\u00e9\u0081 du Qu\u00e9\u0081bec a\u00cc\u20ac 102 p. 100 de celle de l&rsquo;Ontario en 1980, alors m\u00e9\u201ame que, fondamentalement, la productivit\u00e9\u0081 de l&rsquo;\u00e9\u0081conomie qu\u00e9\u0081b\u00e9\u0081coise \u00e9\u0081tait inf\u00e9\u0081rieure a\u00cc\u20ac 90 p. 100 de celle de l&rsquo;\u00e9\u0081conomie ontarienne. En revenant au graphique 1, on voit que le taux d&#8217;emploi ne put r\u00e9\u0081sister a\u00cc\u20ac cette d\u00e9\u0081connexion de la r\u00e9\u0081alit\u00e9\u0081. Il d\u00e9\u0081gringola du niveau de 92 p. 100 du taux d&#8217;emploi de l&rsquo;Ontario atteint en 1967 a\u00cc\u20ac 89 p. 100 en 1976, puis a\u00cc\u20ac 85 p. 100 en 1982. L&rsquo;ann\u00e9\u0081e 1982 fut celle de l&rsquo;apocalypse de l&#8217;emploi au Qu\u00e9\u0081bec.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9\u0081lectrochoc de 1982 \u00e9\u0081branla les colonnes du temple. M. L\u00e9\u0081vesque bloqua les salaires publics au d\u00e9\u0081but de 1983, puis peu apr\u00e9\u20acs son retour M. Bourassa fit adopter la Loi 160 sur le maintien des services essentiels. Le monde syndi- cal sentit le vent tourner et se r\u00e9\u0081orienta. Les ann\u00e9\u0081es qui suivirent furent marqu\u00e9\u0081es par un assainissement des relations industrielles, une mod\u00e9\u0081ration des salaires, ainsi qu&rsquo;une remont\u00e9\u0081e du taux d&#8217;emploi qui apparai\u00cc\u201at clairement sur le graphique 1. L&#8217;emploi au Qu\u00e9\u0081bec tint le coup net- tement mieux qu&rsquo;ailleurs au Canada pendant la longue r\u00e9\u0081cession de 1990 a\u00cc\u20ac 1993. La contribution de M. Bourassa a\u00cc\u20ac ce redressement fut importante. Il a all\u00e9\u0081g\u00e9\u0081 la fiscalit\u00e9\u0081 des entreprises, favoris\u00e9\u0081 l&rsquo;in- vestissement et la concurrence, appuy\u00e9\u0081 l&rsquo;Accord de libre-\u00e9\u0081change avec les E\u00cc\u0081tats-Unis et encourag\u00e9\u0081 la paix sociale et la mod\u00e9\u0081ration\u201d\u201dtoutes orientations qui furent favorables a\u00cc\u20ac l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e9\u20acme pr\u00e9\u0081occupation de M. Bourassa fut le d\u00e9\u0081veloppement hydro\u00e9\u0081lectrique de la Baie James, que permet de suivre le graphique 3. Au d\u00e9\u0081but des ann\u00e9\u0081es 1970, un ajout de puissance consid\u00e9\u0081rable \u00e9\u0081tait n\u00e9\u0081cessaire pour r\u00e9\u0081pondre aux besoins futurs de consommation d&rsquo;\u00e9\u0081lectricit\u00e9\u0081 du Qu\u00e9\u0081bec. M. Bourassa rejeta le thermique et le nucl\u00e9\u0081aire pour retenir la fili\u00e9\u20acre hydro\u00e9\u0081lectrique.\u00a0C&rsquo;\u00e9\u0081tait la moins cou\u00cc\u201ateuse, la plus fiable, la moins polluante, la plus s\u00e9\u0081curitaire et la plus porteuse de retomb\u00e9\u0081es \u00e9\u0081conomiques pour le Qu\u00e9\u0081bec. M. Bourassa annonc\u00cc\u00a7a le projet de la Baie James en avril 1971, cr\u00e9\u0081a la Soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081 de d\u00e9\u0081veloppement de la Baie James en juillet et la Soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081 d&rsquo;\u00e9\u0081nergie de la Baie James en d\u00e9\u0081cembre de la m\u00e9\u201ame ann\u00e9\u0081e. Le graphique 3 montre que les travaux d&rsquo;am\u00e9\u0081nage- ment du projet La Grande repr\u00e9\u0081sent\u00e9\u20acrent un poids \u00e9\u0081norme dans l&rsquo;\u00e9\u0081conomie du Qu\u00e9\u0081bec a\u00cc\u20ac l&rsquo;\u00e9\u0081poque : jusqu&rsquo;a\u00cc\u20ac 4,5 p. 100 du PIB en 1978 et en 1979.<\/p>\n<p>Au d\u00e9\u0081but des ann\u00e9\u0081es 1980, M. Bourassa, alors simple citoyen, proposa d&rsquo;acc\u00e9\u0081l\u00e9\u0081rer le programme de construction de nouvelles centrales hydro\u00e9\u0081lec- triques a\u00cc\u20ac la Baie James. Il \u00e9\u0081largit le d\u00e9\u0081bat dans trois nouvelles directions : les exportations aux E\u00cc\u0081tats-Unis, le d\u00e9\u0081veloppement industriel en aval (alumineries, etc.) et la stabilit\u00e9\u0081 financi\u00e9\u20acre d&rsquo;Hydro-Qu\u00e9\u0081bec. Cette seconde intervention de M. Bourassa connut moins de succ\u00e9\u20acs que la pre- mi\u00e9\u20acre. Comme la consommation locale et les exportations augment\u00e9\u20acrent beaucoup moins vite que pr\u00e9\u0081vu, on put d\u00e9\u0081gager un exc\u00e9\u0081dent d&rsquo;\u00e9\u0081nergie sans acc\u00e9\u0081l\u00e9\u0081rer le programme de construction. De plus, les groupes autochtones et environnemen- taux combattirent avec acharnement toute addi- tion de centrale. Hydro-Qu\u00e9\u0081bec alla de l&rsquo;avant avec la Phase II du projet La Grande tel que pr\u00e9\u0081vu, mais sans plus. Pragmatique comme tou- jours, M. Bourassa ne s&rsquo;opposa pas a\u00cc\u20ac ces ten- dances incontournables. Avec le temps, il mani- festa une sympathie croissante pour les causes autochtone et environnementale. Il ne mit pas sa t\u00e9\u201ate sur le billot pour d\u00e9\u0081fendre le projet Grande- Baleine.<\/p>\n<p>Tout comme l&rsquo;implication personnelle de M. L\u00e9\u0081vesque fut d\u00e9\u0081terminante pour la nationalisa- tion de l&rsquo;\u00e9\u0081lectricit\u00e9\u0081, ainsi celle de M. Bourassa fut- elle d\u00e9\u0081cisive pour le d\u00e9\u0081veloppement hydro\u00e9\u0081lec- trique du bassin de la Baie James.<\/p>\n<p>La troisi\u00e9\u20acme pr\u00e9\u0081occupation de M. Bourassa fut l&rsquo;investissement des entreprises. Le graphique 4 pour l&rsquo;investissement priv\u00e9\u0081 adopte la m\u00e9\u201ame perspective comparative que le graphique 1 pour l&#8217;emploi, afin de v\u00e9\u0081rifier si le Qu\u00e9\u0081bec a fait mieux ou moins bien que son principal concur- rent, l&rsquo;Ontario. On peut y suivre l&rsquo;\u00e9\u0081volution du stock d&rsquo;\u00e9\u0081quipement productif par habitant cumu- lativement install\u00e9\u0081 par les entreprises du Qu\u00e9\u0081bec en pourcentage de celui de l&rsquo;Ontario. Ce stock comprend les usines, les immeubles, la machine- rie et l&rsquo;outillage, mais exclut les centrales hydro\u00e9\u0081lectriques. On constate imm\u00e9\u0081diatement, tout comme dans le cas de l&#8217;emploi, que l&rsquo;essor de l&rsquo;investissement des entreprises au Qu\u00e9\u0081bec est un ph\u00e9\u0081nom\u00e9\u20acne r\u00e9\u0081cent. Avant la seconde moiti\u00e9\u0081 des ann\u00e9\u0081es 1980, l&rsquo;investissement priv\u00e9\u0081 n&rsquo;allait nulle part relativement au niveau ontarien. Le d\u00e9\u0081blocage s&rsquo;est produit au cours des 15 derni\u00e9\u20acres ann\u00e9\u0081es. Parti de 73 p. 100 en 1986, le rapport Qu\u00e9\u0081bec-Ontario avait grimp\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac 85 p. 100 en 2001.<\/p>\n<p>Comment expliquer le contraste entre l&rsquo;es- sor des 15 derni\u00e9\u20acres ann\u00e9\u0081es et la stagnation des ann\u00e9\u0081es ant\u00e9\u0081rieures? La litt\u00e9\u0081rature \u00e9\u0081conomique contemporaine fait ressortir quatre conditions gagnantes : un entrepreneuriat et une main- d&rsquo;\u0153uvre qualifi\u00e9\u0081s et pr\u00e9\u201ats a\u00cc\u20ac l&rsquo;innovation et au changement technologiques, une politique d&rsquo;ouverture a\u00cc\u20ac la concurrence, au libre-\u00e9\u0081change et a\u00cc\u20ac l&rsquo;investissement \u00e9\u0081tranger, une fiscalit\u00e9\u0081 avan- tageuse pour l&rsquo;entreprise et un climat social et politique accueillant. La lenteur de l&rsquo;investisse- ment des entreprises a\u00cc\u20ac prendre son \u00e9\u0081lan au Qu\u00e9\u0081bec n&rsquo;a pas de quoi surprendre. R\u00e9\u0081unir ces quatre conditions est une ta\u00cc\u201ache longue et ardue. Il a fallu, par exemple, 40 ans d&rsquo;efforts soutenus a\u00cc\u20ac l&rsquo;Irlande pour les remplir et aboutir au boom \u00e9\u0081conomique extraordinaire de la derni\u00e9\u20acre d\u00e9\u0081cennie.<\/p>\n<p>Pour M. Bourassa, l&rsquo;art de gouverner exigeait qu&rsquo;on accorde une grande importance au long terme. Premi\u00e9\u20acrement, la scolarisation des jeunes, qu&rsquo;il a toujours soutenue, ne s&rsquo;est pas relev\u00e9\u0081e en un jour. Il a fallu 30 ans d&rsquo;efforts constants. Deuxi\u00e9\u20acmement, transformer une soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081 d\u00e9\u0081pen- dante de l&rsquo;E\u00cc\u0081tat, protectionniste et m\u00e9\u0081fiante envers l&rsquo;\u00e9\u0081tranger en une autre qui soit ouverte a\u00cc\u20ac la respon- sabilit\u00e9\u0081 priv\u00e9\u0081e, au libre-\u00e9\u0081change et a\u00cc\u20ac l&rsquo;investisse- ment \u00e9\u0081tranger a pris du temps. D\u00e9\u20acs les ann\u00e9\u0081es 1970, allant a\u00cc\u20ac l&rsquo;encontre de la strat\u00e9\u0081gie f\u00e9\u0081d\u00e9\u0081rale, M. Bourassa se montra accueillant aux investisse- ments \u00e9\u0081trangers. Dans les ann\u00e9\u0081es 1980, il proc\u00e9\u0081da a\u00cc\u20ac une trentaine de privatisations de soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081s d&rsquo;E\u00cc\u0081tat et, apr\u00e9\u20acs une h\u00e9\u0081sitation initiale, appuya ferme- ment l&rsquo;Accord de libre-\u00e9\u0081change canado-am\u00e9\u0081ricain. Troisi\u00e9\u20acmement, construire une fiscalit\u00e9\u0081 qui facilite l&rsquo;investissement fut aussi une \u0153uvre de longue haleine. Les budgets successifs de M. Bourassa ont grandement aid\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac ba\u00cc\u201atir cette nouvelle maison fis- cale, encourageant le capital de risque, la forma- tion, la recherche et le d\u00e9\u0081veloppement, l&rsquo;in- vestissement manufacturier et harmonisant la TVQ avec la TPS pour exon\u00e9\u0081rer les investissements et les exportations. Quatri\u00e9\u20acmement, l&rsquo;am\u00e9\u0081lioration du climat social a du\u00cc\u201a attendre que le monde du tra- vail r\u00e9\u0081ussisse a\u00cc\u20ac surmonter sa crise de croissance. Cela a pris 25 ans. La patience de M. Bourassa a aid\u00e9\u0081, de m\u00e9\u201ame que sa loi sur les services essentiels et son appui au Fonds de solidarit\u00e9\u0081. Sur le plan politique, le refus du Canada d&rsquo;accepter toute r\u00e9\u0081- conciliation constitutionnelle malgr\u00e9\u0081 les efforts inlassables de M. Bourassa laisse encore planer l&rsquo;in- certitude. Mais, a\u00cc\u20ac l&rsquo;\u00e9\u0081vidence des graphiques 1 et 4 sur l&rsquo;\u00e9\u0081volution de l&#8217;emploi et de l&rsquo;investissement, cela n&rsquo;a pas frein\u00e9\u0081 l&rsquo;\u00e9\u0081lan \u00e9\u0081conomique du Qu\u00e9\u0081bec depuis 15 ans.<\/p>\n<p>La quatri\u00e9\u20acme pr\u00e9\u0081occupation de M. Bourassa fut la bonne gestion des finances publiques.\u00a0Il concentra surtout son attention sur quatre questions : la comp\u00e9\u0081titivit\u00e9\u0081 du fardeau fiscal, le contro\u00cc\u201ale de la dette et des d\u00e9\u0081ficits, le d\u00e9\u0081s\u00e9\u0081quilibre fiscal f\u00e9\u0081d\u00e9\u0081ral-provincial et la justice sociale.<\/p>\n<p>Sous la gouverne de M. Bourassa, le fardeau fiscal et le poids de la dette du Qu\u00e9\u0081bec furent marqu\u00e9\u0081s par une \u00e9\u0081volution identique : stabilisa- tion de 1970 a\u00cc\u20ac 1976 et de 1985 a\u00cc\u20ac 1989, mais glissement de 1990 a\u00cc\u20ac 1994. En 1989, M. Bourassa avait r\u00e9\u0081ussi a\u00cc\u20ac r\u00e9\u0081duire l&rsquo;\u00e9\u0081cart de fardeau fiscal avec l&rsquo;Ontario a\u00cc\u20ac 1 p. 100 du PIB seulement et a\u00cc\u20ac sta- biliser la dette totale du Qu\u00e9\u0081bec a\u00cc\u20ac 28 p. 100 du PIB. Mais par la suite, une tr\u00e9\u20acs dure r\u00e9\u0081cession con- jugu\u00e9\u0081e a\u00cc\u20ac la r\u00e9\u0081ticence personnelle de M. Bourassa a\u00cc\u20ac sabrer dans les d\u00e9\u0081penses sociales au milieu d&rsquo;une p\u00e9\u0081riode \u00e9\u0081conomique difficile entrai\u00cc\u201an\u00e9\u20acrent un certain glissement fiscal et financier. L&rsquo;\u00e9\u0081cart fiscal avec l&rsquo;Ontario grimpa a\u00cc\u20ac 3 p. 100 du PIB et la dette a\u00cc\u20ac 40 p. 100 du PIB. Enfin, les coupes importantes effectu\u00e9\u0081es par Ottawa dans les trans- ferts aux provinces et l&rsquo;incertitude chronique sur les montants a\u00cc\u20ac recevoir n&rsquo;ont pas aid\u00e9\u0081 M. Bourassa a\u00cc\u20ac boucler ses budgets. Tout compte fait, les transferts f\u00e9\u0081d\u00e9\u0081raux vers\u00e9\u0081s au Qu\u00e9\u0081bec sont pass\u00e9\u0081s de 6,5 p. 100 du PIB en 1983-84 a\u00cc\u20ac 3,5 p. 100 en 2000-01. Cela repr\u00e9\u0081sente aujourd&rsquo;hui une pomme de discorde annuelle de 7 milliards de dollars.<\/p>\n<p>M. Bourassa ne renia jamais son origine sociale modeste. Sa pr\u00e9\u0081occupation de justice sociale fut r\u00e9\u0081elle, profonde et toujours pr\u00e9\u0081sente, depuis son premier budget en 1970 jusqu&rsquo;a\u00cc\u20ac son dernier en 1993. Il \u00e9\u0081tait particuli\u00e9\u20acrement fier de la loi de 1971 cr\u00e9\u0081ant l&rsquo;assurance-maladie. M. Bourassa a \u00e9\u0081galement donn\u00e9\u0081 au Qu\u00e9\u0081bec une fis- calit\u00e9\u0081 des particuliers plus progressive, une s\u00e9\u0081cu- rit\u00e9\u0081 du revenu r\u00e9\u0081form\u00e9\u0081e et int\u00e9\u0081gr\u00e9\u0081e a\u00cc\u20ac la fiscalit\u00e9\u0081 des particuliers, un soutien fiscal accru pour les familles et un traitement fiscal avantageux pour le d\u00e9\u0081veloppement r\u00e9\u0081gional. Son r\u00e9\u0081gime tout a\u00cc\u20ac fait original d&rsquo;allocations a\u00cc\u20ac la naissance refl\u00e9\u0081tait non seulement son souci d&rsquo;\u00e9\u0081quit\u00e9\u0081 pour les familles plus nombreuses, mais \u00e9\u0081galement sa vive inqui\u00e9\u0081- tude pour l&rsquo;avenir d\u00e9\u0081mographique du Qu\u00e9\u0081bec.<\/p>\n<p>Quatre pr\u00e9\u0081occupations \u00e9\u0081conomiques ont donc motiv\u00e9\u0081 principalement M. Bourassa : la cr\u00e9\u0081a- tion d&#8217;emploi, le d\u00e9\u0081veloppement hydro\u00e9\u0081lectrique, l&rsquo;investissement des entreprises et la gestion des finances publiques. Pour appr\u00e9\u0081cier son parcours avec justesse, il faut non seulement bien saisir sa vision et ses objectifs, mais \u00e9\u0081galement reconnai\u00cc\u201atre la grande fragilit\u00e9\u0081 de l&rsquo;environnement \u00e9\u0081conomique, social et politique avec lequel il a du\u00cc\u201a composer. M. Bourassa fut le ba\u00cc\u201atisseur tranquille d&rsquo;une soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081 qui, pendant un temps, fut loin d&rsquo;\u00e9\u201atre tranquille. Onze de ses quinze ann\u00e9\u0081es de pouvoir furent des ann\u00e9\u0081es de mis\u00e9\u20acre. De 1970 a\u00cc\u20ac 1976, il dut affronter une crise politique majeure et une agitation sociale extr\u00e9\u201ame. De 1990 a\u00cc\u20ac 1994, il fut confront\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac une crise constitutionnelle sans pr\u00e9\u0081c\u00e9\u0081dent, a\u00cc\u20ac une importante r\u00e9\u0081bellion autochtone, a\u00cc\u20ac la pire r\u00e9\u0081cession canadienne depuis la crise des ann\u00e9\u0081es 1930 et a\u00cc\u20ac un m\u00e9\u0081lanome envahissant. Seule la p\u00e9\u0081riode de quatre ann\u00e9\u0081es de 1985 a\u00cc\u20ac 1989 lui accorda un moment de r\u00e9\u0081pit.<\/p>\n<p>Le bilan \u00e9\u0081conomique de M. Bourassa est nette- ment positif, malgr\u00e9\u0081 ces embu\u00cc\u201aches. Le d\u00e9\u0081veloppement hydro\u00e9\u0081lectrique de la Baie James fut un grand succ\u00e9\u20acs. M. Bourassa \u00e9\u0081pargna au Qu\u00e9\u0081bec les dangers du nucl\u00e9\u0081aire. Les retomb\u00e9\u0081es \u00e9\u0081conomiques furent extraordinaires et le sont encore. Avec le temps, il manifesta une sympa- thie croissante pour les causes autochtone et environnementale. En mati\u00e9\u20acre de cr\u00e9\u0081ation d&#8217;em- ploi et d&rsquo;investissement des entreprises, le Qu\u00e9\u0081bec, apr\u00e9\u20acs plusieurs d\u00e9\u0081cennies de stagnation\u00a0relative, a connu un essor comparatif soutenu a\u00cc\u20ac compter du milieu des ann\u00e9\u0081es 1980. La contribu- tion particuli\u00e9\u20acre de M. Bourassa a\u00cc\u20ac cet \u00e9\u0081lan nou- veau fut marquante. Sur le plan des finances publiques, sa pr\u00e9\u0081occupation de justice sociale fut constante. Son principal regret fut de ne pas avoir eu le temps de compl\u00e9\u0081ter le r\u00e9\u0081\u00e9\u0081quilibrage des finances publiques. Il se r\u00e9\u0081jouirait certainement aujourd&rsquo;hui du succ\u00e9\u20acs r\u00e9\u0081cent de MM. Bouchard et Landry a\u00cc\u20ac \u00e9\u0081liminer le d\u00e9\u0081ficit budg\u00e9\u0081taire.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><em>Cet article est abr\u00e9\u0081g\u00e9\u0081 d&rsquo;un texte dont la version compl\u00e9\u20acte parai\u00cc\u201atra dans l&rsquo;ouvrage collectif intitul\u00e9\u0081 Robert Bourassa, le ba\u00cc\u201atisseur tran- quille, sous la direction de Robert Comeau, Guy Lachapelle et Val\u00e9\u0081ry Colas, aux Presses de l&rsquo;Universit\u00e9\u0081 Laval a\u00cc\u20ac l&rsquo;automne 2002. Pour leur aide pr\u00e9\u0081cieuse dans sa pr\u00e9\u0081paration, l&rsquo;auteur est redevable a\u00cc\u20ac Pierre Anctil, Robert Comeau, Marcel Co\u00cc\u201at\u00e9\u0081, Charles Denis, Richard Drouin, Claude Forget, Louis Lavigne, John Parisella, Guy Saint-Pierre et Claude S\u00e9\u0081guin.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant les trois d\u00e9\u0081cennies que dura sa carri\u00e9\u20acre poli- tique, la grande priorit\u00e9\u0081 du premier ministre Bourassa fut le d\u00e9\u0081veloppement \u00e9\u0081conomique du Qu\u00e9\u0081bec. Le d\u00e9\u0081veloppement social et culturel lui apparaissait encore plus fondamental, mais a\u00cc\u20ac ses yeux une \u00e9\u0081conomie forte \u00e9\u0081tait absolument essentielle a\u00cc\u20ac la construction d&rsquo;une soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081 juste et d&rsquo;une culture vivante. M. 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