{"id":217345,"date":"2005-03-01T05:00:00","date_gmt":"2005-03-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/potestlaunch.irpp.org\/issues\/the-environment-from-local-to-global-in-a-cosmic-blink-of-25-years\/"},"modified":"2025-04-14T06:07:02","modified_gmt":"2025-04-14T10:07:02","slug":"the-environment-from-local-to-global-in-a-cosmic-blink-of-25-years","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/potestlaunch.irpp.org\/fr\/2005\/03\/the-environment-from-local-to-global-in-a-cosmic-blink-of-25-years\/","title":{"rendered":"L&rsquo;environnement : un enjeu devenu mondial en une milli-seconde cosmique"},"content":{"rendered":"<p>Dans la vie de notre plan\u00e9\u20acte, un quart de si\u00e9\u20accle ne compte que pour un petit battement de c\u0153ur, un imperceptible clignement des yeux. Par rapport aux 3,6 milliards d&rsquo;ann\u00e9\u0081es de la Terre, l&rsquo;humanit\u00e9\u0081 n&rsquo;en est qu&rsquo;a\u00cc\u20ac ses premiers balbutiements. Si l&rsquo;on d\u00e9\u0081roulait ces milliards d&rsquo;ann\u00e9\u0081es sur une bande d&rsquo;un kilom\u00e9\u20actre, l&rsquo;homo sapiens (l&rsquo;esp\u00e9\u20acce soi-disant intelligente) ne ferait son apparition qu&rsquo;a\u00cc\u20ac deux centim\u00e9\u20actres environ de l&rsquo;extr\u00e9\u0081mit\u00e9\u0081. Et la r\u00e9\u0081volu- tion industrielle a\u00cc\u20ac un infime huit milli\u00e9\u20acme de centim\u00e9\u20actre.<\/p>\n<p>Il est donc frappant de constater tout le tort caus\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac la biosph\u00e9\u20acre en si peu de temps. Nous sommes seuls dans le syst\u00e9\u20acme solaire. Et c&rsquo;est tout a\u00cc\u20ac fait exceptionnellement que la vie est possible sur notre plan\u00e9\u20acte, ce globe bleu-vert dont les plus proches voisins sont des astres a\u00cc\u20ac l&rsquo;atmosph\u00e9\u20acre gazeuse irrespirable. L&rsquo;histoire de la Terre, faite de cycles naturels qui en maintiennent l&rsquo;\u00e9\u0081quilibre, est synonyme de perp\u00e9\u0081tuelle renaissance. La composition chimique de notre atmosph\u00e9\u20acre semble avoir \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 soigneusement \u00e9\u0081tudi\u00e9\u0081e pour permettre la vie gra\u00cc\u201ace a\u00cc\u20ac un climat \u00ab id\u00e9\u0081al \u00bb, ni trop chaud ni trop froid. Si ce n&rsquo;\u00e9\u0081tait de ses 275 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone cr\u00e9\u0081ant un effet de serre naturel, cette atmosph\u00e9\u20acre serait trop froide pour notre survie. Jusqu&rsquo;a\u00cc\u20ac r\u00e9\u0081cemment, la couche d&rsquo;ozone nous prot\u00e9\u0081geait des rayons nocifs du soleil tandis que la fixation de l&rsquo;azote, l&rsquo;\u00e9\u0081quilibre \u00e9\u0081cosyst\u00e9\u0081mique et les cycles hydrologiques agissaient avec d&rsquo;autres facteurs pour maintenir notre plan\u00e9\u20acte bien vivante.<\/p>\n<p>Mais nous avons renvers\u00e9\u0081 sur une dur\u00e9\u0081e \u00e9\u0081tonnamment courte certains cycles d&rsquo;importance majeure. Nous avons lib\u00e9\u0081r\u00e9\u0081 des produits chimiques qui d\u00e9\u0081truisent la couche d&rsquo;ozone, perturb\u00e9\u0081 le climat en alt\u00e9\u0081rant l&rsquo;\u00e9\u0081quilibre chimique de l&rsquo;atmosph\u00e9\u20acre, et provoqu\u00e9\u0081 la plus grande extinction d&rsquo;esp\u00e9\u20acces animales depuis celle qui a vu la disparition des dinosaures.\u00a0Bien su\u00cc\u201ar, nous l&rsquo;avons fait sans en avoir l&rsquo;intention. Mais les cons\u00e9\u0081quences de ce renversement sont encore perc\u00cc\u00a7ues comme regrettables et pluto\u00cc\u201at anodines, de simples effets se- condaires du Grand Projet \u00e9\u0081conomique. La croissance \u00e9\u0081conomique et le d\u00e9\u0081veloppement technologique sont les 2 grandes sources d&rsquo;inspiration dans nos soci\u00e9\u0081t\u00e9\u0081s modernes.<\/p>\n<p>En 25 ans, le mouvement \u00e9\u0081cologiste a certes fait avancer plusieurs dossiers. R\u00e9\u0081pondant a\u00cc\u20ac la pression publique, les gouvernements ont banni l&rsquo;usage du plomb dans l&rsquo;essence et des phosphates dans les d\u00e9\u0081tergents, ils ont retir\u00e9\u0081 une douzaine de pesticides, interdit les produits chimiques s&rsquo;attaquant a\u00cc\u20ac la couche d&rsquo;ozone et prot\u00e9\u0081g\u00e9\u0081 des millions d&rsquo;hectares de r\u00e9\u0081gions sauvages. L&rsquo;air des villes est g\u00e9\u0081n\u00e9\u0081ralement plus sain et les cours d&rsquo;eau moins visible- ment pollu\u00e9\u0081s. Pourtant, les probl\u00e9\u20acmes sont devenus plus urgents et le risque d&rsquo;une catastrophe irr\u00e9\u0081versible est plus grand que jamais. Les dommages que nous causons a\u00cc\u20ac l&rsquo;en- vironnement font peser sur notre propre survie une me- nace aussi grande qu&rsquo;un conflit nucl\u00e9\u0081aire. Or les pouvoirs publics continuent de voir l&rsquo;environnement comme un dossier qu&rsquo;on peut reporter ind\u00e9\u0081finiment, qui passe apr\u00e9\u20acs d&rsquo;autres probl\u00e9\u20acmes qu&rsquo;on consid\u00e9\u20acre plus pressants. Il est pourtant manifeste en 2005 que l&rsquo;heure n&rsquo;est plus a\u00cc\u20ac la pro- crastination. Demain est d\u00e9\u0081ja\u00cc\u20ac la\u00cc\u20ac.<\/p>\n<p>Le mouvement \u00e9\u0081cologiste moderne \u00e9\u0081tait d\u00e9\u0081ja\u00cc\u20ac bien \u00e9\u0081tabli au moment de la cr\u00e9\u0081ation d&rsquo;<em>Options politiques.<\/em> De 1960 a\u00cc\u20ac 1980, il s&rsquo;\u00e9\u0081tait d\u00e9\u0081ja\u00cc\u20ac attaqu\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac des enjeux aussi vari\u00e9\u0081s que les pesticides, l&rsquo;usage des technologies nucl\u00e9\u0081aires, le danger repr\u00e9\u0081sent\u00e9\u0081 par les grands p\u00e9\u0081troliers au large de nos co\u00cc\u201ates et l&rsquo;\u00e9\u0081limination du propergol dans les bombes a\u00e9\u0081rosol.<\/p>\n<p>Le Canada a banni le DDT en 1969. Le premier Jour de la terre a eu lieu en 1970 et la premi\u00e9\u20acre conf\u00e9\u0081rence des Nations unies sur l&rsquo;environnement en 1972. C&rsquo;\u00e9\u0081tait a\u00cc\u20ac Stockholm, et c&rsquo;est le Canadien Maurice Strong qui en tenait les r\u00e9\u201anes. Dans la foul\u00e9\u0081e de cette con- f\u00e9\u0081rence, des gouvernements du monde entier ont cr\u00e9\u0081\u00e9\u0081 des minist\u00e9\u20acres de l&rsquo;Environnement. Le Canada avait a\u00cc\u20ac ce moment la\u00cc\u20ac une petite longueur d&rsquo;a- vance, ayant r\u00e9\u0081uni d\u00e9\u20acs 1970 plusieurs services gouvernementaux (conserva- tion de la faune, parcs nationaux, bureaux antipollution, etc.) pour en faire Environnement Canada.<\/p>\n<p>Si les probl\u00e9\u20acmes des ann\u00e9\u0081es 1960 \u201d\u201d essentiellement la pollution de l&rsquo;air et de l&rsquo;eau \u201d\u201d, \u00e9\u0081taient surtout consi- d\u00e9\u0081r\u00e9\u0081s comme locaux, ceux des deux d\u00e9\u0081cennies suivantes prendraient un caract\u00e9\u20acre r\u00e9\u0081gional. Et, au tournant du mill\u00e9\u0081naire, ils prendront une tournure franchement mondiale. Les probl\u00e9\u20acmes sont devenus r\u00e9\u0081gionaux avec les ann\u00e9\u0081es 1980 en raison de l&rsquo;approche des deux d\u00e9\u0081cennies pr\u00e9\u0081c\u00e9\u0081dentes, qu&rsquo;on pourrait r\u00e9\u0081sumer comme suit : \u00ab Contre la pollution, dispersons les \u00e9\u0081missions \u00bb. Les usines, fonderies et centrales \u00e9\u0081lectriques ont ainsi \u00e9\u0081rig\u00e9\u0081 d&rsquo;immenses chemin\u00e9\u0081es, d\u00e9\u0081plac\u00cc\u00a7ant simplement le probl\u00e9\u20acme ailleurs. D&rsquo;ou\u00cc\u20ac les pluies acides et l&rsquo;accumulation de produits toxiques parmi la faune de l&rsquo;Arctique ou dans le lait maternel des femmes inuits. L&rsquo;air s&rsquo;est purifi\u00e9\u0081 locale- ment, mais au d\u00e9\u0081triment de voisins \u00e9\u0081loign\u00e9\u0081s.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9\u0081es 1980 se sont ouvertes sur une \u00e9\u0081lection f\u00e9\u0081d\u00e9\u0081rale qui a \u00e9\u0081vinc\u00e9\u0081 le fugitif gouvernement minoritaire de Joe Clark et report\u00e9\u0081 au pouvoir Pierre Elliot Trudeau. Lequel a salu\u00e9\u0081 la nou- velle d\u00e9\u0081cennie par un exub\u00e9\u0081rant \u00ab Bienvenue en 1980 ! \u00bb<\/p>\n<p>On pardonnera aux Canadiens de ne pas avoir remarqu\u00e9\u0081 qu&rsquo;aucun gou- vernement n&rsquo;a \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 plus r\u00e9\u0081ceptif aux questions environnementales que celui de Joe Clark. Ironiquement, l&rsquo;homme v\u00e9\u0081n\u00e9\u0081r\u00e9\u0081 pour avoir prot\u00e9\u0081g\u00e9\u0081 les libert\u00e9\u0081s civiles, rapatri\u00e9\u0081 la Constitution et affich\u00e9\u0081 son amour de la nature en faisant du\u00a0cano\u00e9\u02c6 en veste de daim, Pierre Elliott Trudeau donc, se souciait peu d&rsquo;envi- ronnement. Son gouvernement s&rsquo;y montrait souvent hostile, et lui-m\u00e9\u201ame ridiculisait les d\u00e9\u0081tracteurs du nucl\u00e9\u0081aire ou les adeptes de l&rsquo;\u00e9\u0081nergie solaire.<\/p>\n<p>Notre ministre de l&rsquo;Environnement le plus r\u00e9\u0081solu, John Fraser, n&rsquo;a ainsi dis- pos\u00e9\u0081 que des neuf mois du gouverne- ment Clark pour agir. Ce qu&rsquo;il a fait en s&rsquo;attaquant au grand d\u00e9\u0081fi de la d\u00e9\u0081cennie suivante:les pluies acides. D\u00e9\u0081crivant celles-ci comme \u00ab un probl\u00e9\u20acme d&rsquo;une urgence et d&rsquo;une gravit\u00e9\u0081 sans pr\u00e9\u0081c\u00e9\u0081- dent \u00bb, John Fraser a recadr\u00e9\u0081 le d\u00e9\u0081bat au sein d&rsquo;Environnement Canada en enjoignant ses fonctionnaires de parler sans d\u00e9\u0081tour de \u00ab pluies acides \u00bb au lieu du \u00ab transport a\u00cc\u20ac grande distance de pol- luants atmosph\u00e9\u0081riques \u00bb. Je l&rsquo;entends encore s&rsquo;amuser des protestations de son personnel : \u00ab Mais voyez-vous, Monsieur le Ministre, on ne peut parler de pluie car il s&rsquo;agit parfois de neige, de brouillard et m\u00e9\u201ame de retomb\u00e9\u0081es s\u00e9\u20acches. \u00bb Argument auquel il r\u00e9\u0081pliqua :\u00a0\u00ab Bon sang, on parlera de pluies acides, un point c&rsquo;est tout. \u00bb<\/p>\n<p>La derni\u00e9\u20acre action dont on peut cr\u00e9\u0081diter le gouvernement Clark est celle-la\u00cc\u20ac m\u00e9\u201ame qui a caus\u00e9\u0081 sa perte. Sans qu&rsquo;il ait jamais \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 question de pr\u00e9\u0081sen- ter un \u00ab budget vert \u00bb, le ministe des Finances John Crosbie n&rsquo;en augmenta pas moins les taxes sur les carburants. Or tout \u00e9\u0081tudiant en \u00e9\u0081cologie sait que la meilleure fac\u00cc\u00a7on de combattre la pollu- tion consiste a\u00cc\u20ac surtaxer les substances polluantes, et inversement.<\/p>\n<p>Une fois les lib\u00e9\u0081raux de retour au pouvoir, c&rsquo;est John Roberts qui a obtenu le portefeuille de l&rsquo;Environnement. Heureusement, John Fraser a pu s&rsquo;entretenir avec lui et les deux hommes ont con- venus de maintenir le cap. Le nouveau ministre a ainsi favoris\u00e9\u0081 la cr\u00e9\u0081ation et le financement d&rsquo;un organisme non gouvernemental, la Coalition canadienne contre les pluies acides, charg\u00e9\u0081 de sensibili- ser les pouvoirs publics et de faire pression des deux co\u00cc\u201at\u00e9\u0081s de la fron- ti\u00e9\u20acre pour r\u00e9\u0081duire les \u00e9\u0081missions de dioxyde de soufre. D\u00e9\u20acs le d\u00e9\u0081but des ann\u00e9\u0081es 1980, les scientifiques \u00e9\u0081ta- blissaient que le ph\u00e9\u0081nom\u00e9\u20acne avait ra- vag\u00e9\u0081 150 000 des 700 000 lacs de l&rsquo;est du Canada, et que l&rsquo;acidification de 14 000 d&rsquo;entre eux \u00e9\u0081tait trop avanc\u00e9\u0081e pour y maintenir la vie aquatique.<\/p>\n<p>En 1981, des manifestants se sont mass\u00e9\u0081s sur la Colline du Parlement lors d&rsquo;une visite de Ronald Reagan \u201d\u201d celui- la\u00cc\u20ac m\u00e9\u201ame qui avait affirm\u00e9\u0081 sans rire que les arbres polluent davantage que le secteur industriel \u201d\u201d pour r\u00e9\u0081clamer l&rsquo;\u00e9\u0081limination des polluants qui, en se dispersant, causaient les pluies acides jusqu&rsquo;au Canada. Au coin de Queen et Wellington, les locaux v\u00e9\u0081tustes de la F\u00e9\u0081d\u00e9\u0081ration canadienne de la nature offraient un excellent point de vue sur la Colline. Son directeur de l&rsquo;\u00e9\u0081poque, Rick Pratt, y avait fait d\u00e9\u0081ployer un drap portant les mots \u00ab ARRE\u00cc\u201aTEZ LES PLUIES ACIDES \u00bb peints en rouge. Le geste n&rsquo;est pas pass\u00e9\u0081 inaperc\u00cc\u00a7u. Avant la fin de la d\u00e9\u0081cennie, le Canada r\u00e9\u0081ussira a\u00cc\u20ac s&rsquo;entendre avec les E\u00cc\u0081tats-Unis pour r\u00e9\u0081duire les \u00e9\u0081missions de dioxyde de soufre, selon des cibles obligatoires que s&rsquo;engageront \u00e9\u0081galement a\u00cc\u20ac respecter les sept provinces de l&rsquo;est du pays.<\/p>\n<p>Brian Mulroney est \u00e9\u0081lu en 1984 avec une \u00e9\u0081crasante majorit\u00e9\u0081. Comme toujours, l&rsquo;environnement avait \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 rel\u00e9\u0081gu\u00e9\u0081 au second plan durant la cam- pagne, mais le futur premier ministre avait assur\u00e9\u0081 le service minimum en promettant de combattre la pollution et les pluies acides. A\u00cc\u20ac l&rsquo;examen de ses ant\u00e9\u0081c\u00e9\u0081dents, rien n&rsquo;annonc\u00cc\u00a7ait que Brian Mulroney deviendrait en la mati\u00e9\u20acre le meilleur premier ministre de l&rsquo;histoire. On pourrait \u00e9\u0081videmment d\u00e9\u0081pr\u00e9\u0081cier son bilan en soutenant qu&rsquo;il r\u00e9\u0081agissait aux sondages d&rsquo;opinion. Tout au long des ann\u00e9\u0081es 1980 et surtout en fin de d\u00e9\u0081cennie, l&rsquo;environnement figu- rait en effet parmi les principales pr\u00e9\u0081oc- cupations de la population. Selon un sondage Environics de 1988, neuf Canadiens sur dix estimaient ainsi que la pollution menac\u00cc\u00a7ait leur sant\u00e9\u0081. A\u00cc\u20ac une question ouverte demandant aux gens quelles \u00e9\u0081taient leurs principales inqui\u00e9\u0081- tudes, l&rsquo;environnement arrivait m\u00e9\u201ame en t\u00e9\u201ate des r\u00e9\u0081ponses des personnes interrog\u00e9\u0081es.<\/p>\n<p>Mais le choix de la premi\u00e9\u20acre titu- laire du portefeuille de l&rsquo;Environ- nement, Suzanne Blais-Grenier, augurait pluto\u00cc\u201at mal, celle-ci ayant notamment envisag\u00e9\u0081 d&rsquo;autoriser l&rsquo;exploitation mini\u00e9\u20acre et foresti\u00e9\u20acre dans les parcs. Au m\u00e9\u201ame moment, le ministre des Finances Michael Wilson annonc\u00cc\u00a7ait des coupes de 4 milliards de dollars dans la fonction publique, dont le quart serait pr\u00e9\u0081lev\u00e9\u0081 sur le budget d&rsquo;Environnement Canada.<\/p>\n<p>Face au maigre bilan environ- nemental de la premi\u00e9\u20acre ann\u00e9\u0081e du gou- vernement Mulroney, Suzanne Blais-Grenier sera remplac\u00e9\u0081e en aou\u00cc\u201at 1985 par Tom McMillan. Quelques mois plus to\u00cc\u201at, les lib\u00e9\u0081raux avaient con- quis l&rsquo;Ontario et nomm\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac l&rsquo;Environnement un Jim Bradley d\u00e9\u0081ter- min\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac faire progresser la lutte contre la pollution. Avec l&rsquo;arriv\u00e9\u0081e sub- s\u00e9\u0081quente de Clifford Lincoln au mi- nist\u00e9\u20acre de l&rsquo;Environnement a\u00cc\u20ac Qu\u00e9\u0081bec, la table \u00e9\u0081tait mise pour une riche p\u00e9\u0081ri- ode de collaboration f\u00e9\u0081d\u00e9\u0081rale-provin- ciale. Mieux encore, les ministres rivaliseraient entre eux pour accomplir le maximum de progr\u00e9\u20acs en un mini- mum de temps.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu la chance de travailler au ca- binet de Tom McMillan de 1986 a\u00cc\u20ac 1988. Deux br\u00e9\u20acves ann\u00e9\u0081es qui ont donn\u00e9\u0081 lieu a\u00cc\u20ac des victoires sur plusieurs fronts. Les pluies acides sont devenues une priorit\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac l&rsquo;ordre du jour bilat\u00e9\u0081ral des deux chefs d&rsquo;E\u00cc\u0081tat Reagan et Mulroney. Le vice-pr\u00e9\u0081si- dent George Bush avouera m\u00e9\u201ame s&rsquo;\u00ab \u00e9\u201atre fait passer un savon \u00bb a\u00cc\u20ac propos des sources am\u00e9\u0081ricaines de pollution lors d&rsquo;une rencontre a\u00cc\u20ac Ottawa avec le premier ministre canadien.<\/p>\n<p>Une fois accomplis de vrais progr\u00e9\u20acs du co\u00cc\u201at\u00e9\u0081 des \u00e9\u0081missions de dioxyde de souffre (de 1980 a\u00cc\u20ac 1990, les usines et l&rsquo;industrie houill\u00e9\u20acre canadiennes ont r\u00e9\u0081duit les leurs de 40 p. 100), les sub- stances nuisibles a\u00cc\u20ac la couche d&rsquo;ozone sont devenues une priorit\u00e9\u0081 absolue, ce qui a \u00e9\u0081tendu au niveau mondial la port\u00e9\u0081e jusque-la\u00cc\u20ac locale puis r\u00e9\u0081gionale des probl\u00e9\u20acmes environnementaux.<\/p>\n<p>Parmi les dangers menac\u00cc\u00a7ant la plan\u00e9\u20acte, rien ne surpassait d\u00e9\u0081sormais l&rsquo;appauvrissement de l&rsquo;ozone. En 1985, la d\u00e9\u0081couverte d&rsquo;un trou au-dessus de l&rsquo;Antarctique avait confirm\u00e9\u0081 toutes les inqui\u00e9\u0081tudes.<\/p>\n<p>On craignait depuis longtemps d\u00e9\u0081ja\u00cc\u20ac que certaines sub- stances n&rsquo;alt\u00e9\u20acrent la couche d&rsquo;o- zone, ce qui avait suscit\u00e9\u0081 le boycottage des bombes a\u00e9\u0081rosol de d\u00e9\u0081sodorisant et de fixatif utilisant des chlorofluorocarbones (CFC). Un stratag\u00e9\u20acme de marketing fit croire un temps que le probl\u00e9\u20acme avait \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 r\u00e9\u0081gl\u00e9\u0081 parce qu&rsquo;on avait cess\u00e9\u0081 d&rsquo;utiliser les CFC dans la fa- brication de ces produits. Mais leur utilisation continua d&rsquo;aug- menter, notamment dans la fabri- cation de la mousse de polystyr\u00e9\u20acne et dans les syst\u00e9\u20acmes de climatisation.<\/p>\n<p>On avait fond\u00e9\u0081 de grands espoirs commerciaux sur l&rsquo;in- vention de ces mol\u00e9\u0081cules miraculeuses cens\u00e9\u0081ment non toxiques, qui ne se dis- sociaient pas&#8230; sur terre. Mais on d\u00e9\u0081couvrit biento\u00cc\u201at qu&rsquo;en s&rsquo;\u00e9\u0081levant dans la stratosph\u00e9\u20acre, ces voraces mol\u00e9\u0081cules chlor\u00e9\u0081es se dissociaient tout juste au moment d&rsquo;endommager gravement la couche d&rsquo;ozone. Chaque mol\u00e9\u0081cule de CFC lib\u00e9\u0081r\u00e9\u0081e pouvait d\u00e9\u0081truire jusqu&rsquo;a\u00cc\u20ac 70 000 mol\u00e9\u0081cules d&rsquo;ozone. Le choc \u00e9\u0081tait tel que les premi\u00e9\u20acres donn\u00e9\u0081es satellite r\u00e9\u0081v\u00e9\u0081lant l&rsquo;existence d&rsquo;un trou saisonnier dans la couche d&rsquo;ozone ont \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 rejet\u00e9\u0081es par les mod\u00e9\u20acles informa- tiques comme des d\u00e9\u0081formations de si- gnaux. Mais la communaut\u00e9\u0081 scientifique a finalement reconnu que les dommages n&rsquo;avaient rien de provi- soires. On assistait bel et bien a\u00cc\u20ac un appauvrissement de l&rsquo;ozone. En 1995, on chiffra a\u00cc\u20ac 50 p.100 la perte d&rsquo;ozone au-dessus de l&rsquo;Antarctique et a\u00cc\u20ac 20 mil- lions de kilom\u00e9\u20actres carr\u00e9\u0081s les dimen- sions du trou qui en r\u00e9\u0081sultait.<\/p>\n<p>Comme cela s&rsquo;\u00e9\u0081tait produit pour les pluies acides, les fabricants de CFC ont d&rsquo;abord ni\u00e9\u0081 toute responsabilit\u00e9\u0081. Que la couche d&rsquo;ozone soit atteinte ou non, leurs produits n&rsquo;\u00e9\u0081taient pas en cause. De fac\u00cc\u00a7on tout a\u00cc\u20ac fait pr\u00e9\u0081visible, ils ont ensuite brandi des menaces \u00e9\u0081conomiques.<\/p>\n<p>C&rsquo;est a\u00cc\u20ac Montr\u00e9\u0081al qu&rsquo;a eu lieu en septembre 1987 la rencontre qui a donn\u00e9\u0081 lieu au premier accord ex\u00e9\u0081cu- toire de r\u00e9\u0081duction puis de bannisse- ment des substances chimiques d\u00e9\u0081truisant la couche d&rsquo;ozone. Le Protocole de Montr\u00e9\u0081al, qui servira d&rsquo;exemple lors des n\u00e9\u0081gociations ult\u00e9\u0081rieures sur le contro\u00cc\u201ale des gaz a\u00cc\u20ac effet de serre, a pos\u00e9\u0081 le principe selon lequel les riches nations industrialis\u00e9\u0081es effectueraient les premi\u00e9\u20acres r\u00e9\u0081ductions. Il autorisait ainsi les pays en voie de d\u00e9\u0081veloppement a\u00cc\u20ac augmenter provi- soirement leur usage des CFC de 10 p. 100. Ce protocole a jusqu&rsquo;ici bien fonctionn\u00e9\u0081. Pour autant qu&rsquo;on mainti- enne le bannissement des substances interdites, la couche d&rsquo;ozone devrait s&rsquo;\u00e9\u201atre reconstitu\u00e9\u0081e d&rsquo;ici a\u00cc\u20ac 100 ans.<\/p>\n<p>La fin des ann\u00e9\u0081es 1980 a aussi \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 marqu\u00e9\u0081e par d&rsquo;importantes batailles pour la pr\u00e9\u0081servation des milieux naturels, en Colombie-Britannique surtout. Des conflits entre l&rsquo;industrie foresti\u00e9\u20acre et les \u00e9\u0081cologistes associ\u00e9\u0081s aux Premi\u00e9\u20acres Nations ont \u00e9\u0081clat\u00e9\u0081 sur l&rsquo;i\u00cc\u201ale Meares, a\u00cc\u20ac Clayoquot Sound et dans l&rsquo;archipel de la Reine Charlotte. L&rsquo;affaire a connu un d\u00e9\u0081nouement heureux, Ottawa et le gou- vernement Vander Zalm de la Colombie-Britannique ayant conclu une entente pour cr\u00e9\u0081er un parc national prot\u00e9\u0081geant le tiers de l&rsquo;archipel sous le nom de Gwaii Haanas (South Moresby). Ce sera l&rsquo;une des principales r\u00e9\u0081alisations du mi- nistre Tom McMillan.<\/p>\n<p>En 1987, Brian Mulroney rencontrait la premi\u00e9\u20acre ministre Gro Harlem Brundtland de la Norv\u00e9\u20acge pour accepter officiellement le rap- port de la Commission mon- diale sur l&rsquo;environnement et le d\u00e9\u0081veloppement, pr\u00e9\u0081sid\u00e9\u0081e par cette derni\u00e9\u20acre. Rappelons que Ronald Reagan avait refus\u00e9\u0081 un entretien a\u00cc\u20ac Mme Brundtland. Les Canadiens Maurice Strong et Jim MacNeill avaient tous deux jou\u00e9\u0081 un ro\u00cc\u201ale important dans les travaux de cette commission, qui a tenu deux ann\u00e9\u0081es durant des auditions dans le monde entier. Intitul\u00e9\u0081 \u00ab Notre avenir commun \u00bb, le rapport fera du concept de \u00ab d\u00e9\u0081veloppement durable \u00bb un \u00e9\u0081l\u00e9\u0081- ment cl\u00e9\u0081 du r\u00e9\u0081pertoire des d\u00e9\u0081cideurs canadiens. En quelques ann\u00e9\u0081es, Brian Mulroney cr\u00e9\u0081era plusieurs institutions qui s&rsquo;en r\u00e9\u0081clament, dont la Table ronde nationale sur l&rsquo;environnement et l&rsquo;\u00e9\u0081conomie et l&rsquo;Institut international du d\u00e9\u0081veloppement durable.<\/p>\n<p>Mais la principale r\u00e9\u0081alisation de la Commission Brundtland aura sans doute \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 d&rsquo;avoir suscit\u00e9\u0081 la tenue d&rsquo;une deu- xi\u00e9\u20acme grande conf\u00e9\u0081rence des Nations unies sur l&rsquo;environnement. L&rsquo;Assembl\u00e9\u0081e g\u00e9\u0081n\u00e9\u0081rale des Nations unies acceptera en effet sa recommandation d&rsquo;organiser un sommet mondial sur l&rsquo;environnement et le d\u00e9\u0081veloppement, et consentira de plus a\u00cc\u20ac faire coi\u00cc\u02c6ncider l&rsquo;\u00e9\u0081v\u00e9\u0081nement avec le vingti\u00e9\u20acme anniversaire de la Con- f\u00e9\u0081rence de Stockholm. E\u00cc\u0081tant donn\u00e9\u0081 l&rsquo;ampleur de la sensibilisation mondiale a\u00cc\u20ac l&rsquo;environ- nement, on a cru que la r\u00e9\u0081ussite du sommet ne serait pas compromise par le fait qu&rsquo;une \u00e9\u0081lection pr\u00e9\u0081sidentielle se tenait la m\u00e9\u201ame ann\u00e9\u0081e. On s&rsquo;est h\u00e9\u0081las tromp\u00e9\u0081.<\/p>\n<p>Entre-temps, la communaut\u00e9\u0081 scientifique internationale prenait conscience d&rsquo;un probl\u00e9\u20acme de plus en plus alarmant : les changements climatiques. De nouveau, le Canada a manifest\u00e9\u0081 son leadership en accueillant la premi\u00e9\u20acre rencontre internationale d&rsquo;en- vergure sur le sujet. C&rsquo;est en pleine canicule que s&rsquo;est tenue fin juin 1988 a\u00cc\u20ac Toronto cette rencontre sur \u00ab <em>L&rsquo;atmo- sph\u00e9\u20acre en \u00e9\u0081volution : implications pour la s\u00e9\u0081curit\u00e9\u0081 du globe<\/em> \u00bb. Pr\u00e9\u0081sent\u00e9\u0081e conjointe- ment par plusieurs agences de l&rsquo;ONU et l&rsquo;Organisation m\u00e9\u0081t\u00e9\u0081orologique mon- diale, elle a notamment donn\u00e9\u0081 la parole a\u00cc\u20ac Brian Mulroney et Gro Harlem Brundt- land. La d\u00e9\u0081claration qui en a r\u00e9\u0081sult\u00e9\u0081 d\u00e9\u0081bute comme suit : \u00ab L&rsquo;humanit\u00e9\u0081 se livre sans frein a\u00cc\u20ac une exp\u00e9\u0081rience incon- sciente qui touche l&rsquo;ensemble du globe et dont les cons\u00e9\u0081quences d\u00e9\u0081finitives ne le c\u00e9\u0081deraient en rien sinon a\u00cc\u20ac une guerre nucl\u00e9\u0081aire mondiale. \u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est a\u00cc\u20ac Rio que se jouera la suite&#8230;.<\/p>\n<p>Tom McMillan perdit son si\u00e9\u20acge a\u00cc\u20ac l&rsquo;\u00e9\u0081lection de l&rsquo;automne 1988, comme le veut cette fatalit\u00e9\u0081 jamais d\u00e9\u0081mentie a\u00cc\u20ac ce jour qu&rsquo;aucun ministre originaire de l&rsquo;I\u00cc\u201ale-du-Prince-E\u00cc\u0081douard ne soit r\u00e9\u0081\u00e9\u0081lu. Brian Mulroney le rem- placera par Lucien Bouchard, un vieil ami qui avait sollicit\u00e9\u0081 le poste et qui s&rsquo;imposera comme le meilleur ministre de l&rsquo;Environnement de notre histoire. Celui-ci constate biento\u00cc\u201at que l&rsquo;envi- ronnement ne rec\u00cc\u00a7oit que des miettes en mati\u00e9\u20acre budg\u00e9\u0081taire (a\u00cc\u20ac propos des r\u00e9\u0081unions du Cabinet sur les d\u00e9\u0081cisions de financement, il \u00e9\u0081voquera une meute de chiens se disputant un os). Pour y affecter des ressources ad\u00e9\u0081quates, il propose un \u00ab Plan vert \u00bb dot\u00e9\u0081 sur cinq ans de 5 milliards de dol- lars, renouvelables par la suite. C&rsquo;est aussi Lucien Bouchard qui d\u00e9\u0081finira les cibles de r\u00e9\u0081duction des gaz a\u00cc\u20ac effet de serre du gouvernement Mulroney, suivant un objectif de stabilisation pour l&rsquo;an 2000 a\u00cc\u20ac leur niveau de 1990.<\/p>\n<p>Tandis que Lucien Bouchard met- tait en \u0153uvre son approche verte, on s&rsquo;affairait a\u00cc\u20ac l&rsquo;\u00e9\u0081chelle internationale aux n\u00e9\u0081gociations pr\u00e9\u0081paratoires au Sommet de la Terre, comme on appellerait la Conf\u00e9\u0081rence des Nations unies de Rio de Janeiro de 1992. On demanda une fois de plus a\u00cc\u20ac Maurice Strong d&rsquo;\u00e9\u201atre secr\u00e9\u0081- taire g\u00e9\u0081n\u00e9\u0081ral. Celui-ci dressera un ambitieux plan visant la signature de trois trait\u00e9\u0081s ex\u00e9\u0081cutoires (sur le climat, les for\u00e9\u201ats et la biodiversit\u00e9\u0081), l&rsquo;adoption d&rsquo;une nouvelle d\u00e9\u0081claration de principes et d&rsquo;une Charte de la Terre. Les efforts du Canada \u00e9\u0081taient dirig\u00e9\u0081s par le pre- mier ambassadeur a\u00cc\u20ac l&rsquo;Environnement et au D\u00e9\u0081veloppement durable, Arthur Campeau, avocat montr\u00e9\u0081alais et ami de longue date de Brian Mulroney. Apr\u00e9\u20acs la spectaculaire sortie de Lucien Bouchard en 1990, le minist\u00e9\u20acre de l&rsquo;Environnement a \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 bri\u00e9\u20acvement et atrocement dirig\u00e9\u0081 par Robert de Cotret, remplac\u00e9\u0081 par Jean Charest avant le Sommet de Rio. C&rsquo;est ce dernier qui appliquera finalement une version l\u00e9\u0081g\u00e9\u20acrement dilu\u00e9\u0081e du Plan vert, financ\u00e9\u0081 a\u00cc\u20ac hauteur de 3 milliards de dollars sur une p\u00e9\u0081riode de six ans. Malgr\u00e9\u0081 la d\u00e9\u0081cep- tion initiale caus\u00e9\u0081e par ce recul, ce plan apparai\u00cc\u201atra r\u00e9\u0081trospectivement comme la concr\u00e9\u0081tisation d&rsquo;un r\u00e9\u201ave impossible.<\/p>\n<p>Malheureusement, la dynamique n\u00e9\u0081e des sondages et de la sensi- bilit\u00e9\u0081 du public aux questions environ- nementales s&rsquo;est essouffl\u00e9\u0081e au d\u00e9\u0081but des ann\u00e9\u0081es 1990. De sorte qu&rsquo;on n&rsquo;a pu conclure toutes les ententes envisag\u00e9\u0081es au Sommet de la Terre. Il n&rsquo;y aurait donc pas de Charte de la Terre, et les pr\u00e9\u0081occupations relativement a\u00cc\u20ac la pr\u00e9\u0081ser- vation de la souverainet\u00e9\u0081 des pays tor- pilleront la convention sur les for\u00e9\u201ats.<\/p>\n<p>Il faut dire que l&rsquo;administration Bush a fait de son mieux pour saboter les d\u00e9\u0081bats. La politique \u00e9\u0081lectorale am\u00e9\u0081ricaine a aussi influ\u00e9\u0081 n\u00e9\u0081gativement sur la rencontre, le pr\u00e9\u0081sident Bush ne se privant pas de ridiculiser \u00ab Ozone boy \u00bb, c&rsquo;est-a\u00cc\u20ac-dire le candidat a\u00cc\u20ac la vice- pr\u00e9\u0081sidence des E\u00cc\u0081tats-Unis Al Gore. George Bush sera finalement d\u00e9\u0081fait, mais sa fronde anti-\u00e9\u0081cologique de juin 1992 aura caus\u00e9\u0081 beaucoup de tort.<\/p>\n<p>M\u00e9\u201ame si les n\u00e9\u0081gociateurs am\u00e9\u0081ri- cains avaient r\u00e9\u0081ussi a\u00cc\u20ac affaiblir consi- d\u00e9\u0081rablement plusieurs dispositions sur la biodiversit\u00e9\u0081, le pr\u00e9\u0081sident Bush a finalement rejet\u00e9\u0081e la convention au dernier moment. C&rsquo;est l&rsquo;amiti\u00e9\u0081 d&rsquo;Arthur Campeau avec Brian Mulroney qui, a\u00cc\u20ac mon sens, en a permis le sauvetage. Quelques jours avant le Sommet, d&rsquo;autres pays industrialis\u00e9\u0081s s&rsquo;\u00e9\u0081taient mis a\u00cc\u20ac tergiverser en apprenant la volte-face des E\u00cc\u0081tats-Unis. Arthur Campeau a joint son ami pour s&rsquo;assurer que le Canada ferait tout en son pouvoir pour qu&rsquo;on ne renonce pas a\u00cc\u20ac Rio a\u00cc\u20ac cette convention sur la pro- tection de la vie, sous toutes ses formes, des microbes aux paysages naturels. Dans les 24 heures suivant le rejet am\u00e9\u0081ricain, le premier ministre a r\u00e9\u0081it\u00e9\u0081r\u00e9\u0081 le ferme engagement du Canada. Et tous les autres pays du G7 l&rsquo;ont par la suite imit\u00e9\u0081. Bill Clinton signera finalement le trait\u00e9\u0081 au nom du gouvernement am\u00e9\u0081ricain, mais le Congr\u00e9\u20acs ne l&rsquo;a toujours pas ratifi\u00e9\u0081.<\/p>\n<p>Les E\u00cc\u0081tats-Unis se sont aussi oppos\u00e9\u0081s dans un premier temps a\u00cc\u20ac la Convention- cadre des Nations Unies sur les change- ments climatiques (CCNUCC), le pr\u00e9\u0081sident Bush pr\u00e9\u0081textant que le \u00ab mode de vie am\u00e9\u0081ricain n&rsquo;est pas en proc\u00e9\u20acs \u00bb pour refuser toute entente pr\u00e9\u0081voyant des \u00e9\u0081ch\u00e9\u0081ances et des cibles de r\u00e9\u0081duction du dioxyde de carbone. Pour autant, avec la CCNUCC toutes les parties conviennent que la menace repr\u00e9\u0081sent\u00e9\u0081e par les changements climatiques est r\u00e9\u0081elle et que l&rsquo;\u00e9\u0081tat des connaissances est suffisant pour permettre d&rsquo;agir afin d&rsquo;\u00e9\u0081viter les \u00ab niveaux dangereux \u00bb de con- centration de CO2 dans l&rsquo;atmo- sph\u00e9\u20acre. Les E\u00cc\u0081tats-Unis et Presque tous les pays du globe ont sign\u00e9\u0081 et ratifi\u00e9\u0081 la CCNUCC.<\/p>\n<p>Au Canada, l&rsquo;environ- nement a figur\u00e9\u0081 parmi les enjeux de l&rsquo;\u00e9\u0081lection de 1993 gra\u00cc\u201ace a\u00cc\u20ac Paul Martin, alors cri- tique lib\u00e9\u0081ral en la mati\u00e9\u20acre, qui a int\u00e9\u0081gre \u00cc\u0081les objectifs de Rio au Livre rouge du Parti lib\u00e9\u0081ral. L&rsquo;engagement de Brian Mulroney de stabiliser pour 2000 les \u00e9\u0081missions de carbone a\u00cc\u20ac leur niveau de 1990 semblait soudain bien timide en comparaison des cibles lib\u00e9\u0081rales : moins 20 p. 100 des niveaux de 1988 a\u00cc\u20ac l&rsquo;hori- zon 2005. Mais la plupart des promess- es du document lib\u00e9\u0081ral resteront lettre morte, sauf pour la d\u00e9\u0081signation d&rsquo;un commissaire ind\u00e9\u0081pendant a\u00cc\u20ac l&rsquo;Environnement et au D\u00e9\u0081veloppement durable au bureau du V\u00e9\u0081rificateur g\u00e9\u0081n\u00e9\u0081ral. Les changements climatiques n&rsquo;ont rien de prioritaire, tranchera Jean Chr\u00e9\u0081tien. Minant l&rsquo;autorit\u00e9\u0081 de sa nou- velle ministre de l&rsquo;Environnement Sheila Copps au profit de sa ministre des Ressources naturelles, l&rsquo;Albertaine Anne McLellan \u00e9\u0081lue de justesse au Parlement, il prononcera a\u00cc\u20ac l&rsquo;hiver 1994 un discours annonc\u00cc\u00a7ant l&rsquo;attribution de subventions pour l&rsquo;exploitation des sables bitumineux. En clair, son gou- vernement allait stimuler l&rsquo;exploitation des combustibles fossiles.<\/p>\n<p>Les deux premiers mandats du gou- vernement Chr\u00e9\u0081tien ont \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 d\u00e9\u0081sastreux sur le plan environnemental. Le proces- sus d&rsquo;examen des programmes a presque d\u00e9\u0081cim\u00e9\u0081 les ressources d&rsquo;Environnement Canada et les \u00e9\u0081missions de gaz a\u00cc\u20ac effet de serre n&rsquo;ont cess\u00e9\u0081 d&rsquo;augmenter \u201d\u201d une hausse de 14p.100 de 1990 a\u00cc\u20ac 2000 ! \u201d\u201d, faisant regretter aux \u00e9\u0081cologistes les cibles plus modestes du gouvernement Mulroney. En 1997, Jean Chr\u00e9\u0081tien s&rsquo;est finalement int\u00e9\u0081ress\u00e9\u0081 aux r\u00e9\u0081sultats de la Troisi\u00e9\u20acme Conf\u00e9\u0081rence des Parties tenue a\u00cc\u20ac Tokyo sous l&rsquo;\u00e9\u0081gide de la CCUNCC. Par suite d&rsquo;un entretien avec Bill Clinton et gra\u00cc\u201ace aux liens personnels unissant les deux hommes, le premier ministre a con- senti a\u00cc\u20ac une r\u00e9\u0081duction \u00e9\u0081gale a\u00cc\u20ac moins 6 p. 100 des niveaux de 1990, soit un p. 100 de moins que l&rsquo;engagement am\u00e9\u0081ricain.<\/p>\n<p>Le nouveau mill\u00e9\u0081naire a d\u00e9\u0081but\u00e9\u0081 sous de sombres auspices avec l&rsquo;\u00e9\u0081lection d&rsquo;un autre Bush a\u00cc\u20ac la Maison-Blanche, plus insensible encore que son p\u00e9\u20acre aux ques- tions environnementales. Au printemps 2001, le pr\u00e9\u0081sident am\u00e9\u0081ricain a \u00e9\u0081tonn\u00e9\u0081 sa propre Agence de protection de l&rsquo;environnement en retirant les E\u00cc\u0081tats-Unis du pro- tocole de Kyoto, lui portant un coup qui aurait pu \u00e9\u201atre fatal. Mais on a pu sauver la mise gra\u00cc\u201ace a\u00cc\u20ac l&rsquo;Union europ\u00e9\u0081enne et aux solides efforts diplomatiques de Herb Gray, d\u00e9\u0081l\u00e9\u0081gu\u00e9\u0081 canadien a\u00cc\u20ac la Sixi\u00e9\u20acme Conf\u00e9\u0081rence des Parties de Bonn.<\/p>\n<p>La ratification du protocole de Kyoto en d\u00e9\u0081cembre 2002 a \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 le haut fait environnemental du gouvernement Chr\u00e9\u0081tien. Malgr\u00e9\u0081 l&rsquo;opposition d&rsquo;une grande partie du milieu canadien des affaires, du gouvernement albertain et des E\u00cc\u0081tats-Unis, le Canada a vot\u00e9\u0081 pour en faire un accord ex\u00e9\u0081cutoire. Au d\u00e9\u0081sarroi sans doute d&rsquo;un certain d\u00e9\u0081put\u00e9\u0081 lib\u00e9\u0081ral. Car Paul Martin savait fort bien que Jean Chr\u00e9\u0081tien s&rsquo;attribuerait tout le m\u00e9\u0081rite de cette ratification mais qu&rsquo;il lui reviendrait a\u00cc\u20ac lui, une fois devenu premier min- istre, d&rsquo;appliquer les cibles du protocole. En votant pour la rat- ification, il engageait donc sa cr\u00e9\u0081dibilit\u00e9\u0081 et sa r\u00e9\u0081putation.<\/p>\n<p>Que nous r\u00e9\u0081serve l&rsquo;avenir? Les probl\u00e9\u20acmes que la commu- naut\u00e9\u0081 internationale s&rsquo;\u00e9\u0081tait engag\u00e9\u0081e a\u00cc\u20ac combattre au Sommet de Rio sont plus pr\u00e9\u0081sents que jamais : pauvret\u00e9\u0081 mondiale et immense foss\u00e9\u0081 Nord-Sud, esp\u00e9\u20acces menac\u00e9\u0081es et d\u00e9\u0081perdition des \u00e9\u0081cosyst\u00e9\u20acmes, toxiques polluants et combustibles fossiles. Et presque toutes les promesses de\u00a0Rio ont \u00e9\u0081t\u00e9\u0081 bris\u00e9\u0081es. On se confond en v\u0153ux pieux sur les changements clima- tiques tout en exploitant le brut le plus riche en carbone qui soit, tir\u00e9\u0081 du raffinage des sables bitumineux de l&rsquo;Athabasca. Pire encore, le gaz naturel de la mer de Beaufort, faible en dioxyde de carbone et d&rsquo;une grande qualit\u00e9\u0081, sera transport\u00e9\u0081 par pipeline souterrain sur une distance de 1 300 kilom\u00e9\u20actres a\u00cc\u20ac travers la vall\u00e9\u0081e du Mackenzie pour raffiner le brut a\u00cc\u20ac forte teneur en carbone du nord de l&rsquo;Alberta.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;espoir subsiste. Paul Martin et son Cabinet ont manifest\u00e9\u0081 une d\u00e9\u0081termi- nation impressionnante s&rsquo;agissant d&rsquo;at- teindre les cibles de Kyoto. Le premier ministre a aussi invit\u00e9\u0081 le monde entier aux prochaines n\u00e9\u0081gociations majeures sur les changements climatiques.\u00a0Montr\u00e9\u0081al accueillera donc la Onzi\u00e9\u20acme Conf\u00e9\u0081rence des Parties de la CCUNCC en d\u00e9\u0081cembre prochain, la premi\u00e9\u20acre depuis l&rsquo;adoption du protocole de Kyoto, devenu loi internationale depuis que la Russie l&rsquo;a ratifi\u00e9\u0081 le 16 f\u00e9\u0081vrier dernier.<\/p>\n<p>A\u00cc\u20ac quoi ressemblera la vie sur Terre dans un petit quart de si\u00e9\u20accle? Les paris restent ouverts sur la capacit\u00e9\u0081 de survie de l&rsquo;humanit\u00e9\u0081. Certes, de nom- breuses formes de vie auront subsist\u00e9\u0081, mais avec plus de six milliards d&rsquo;habi- tants sur la plan\u00e9\u20acte et 20 p. 100 d&rsquo;entre eux qui consomment ses ressources a\u00cc\u20ac un rythme effr\u00e9\u0081n\u00e9\u0081, nous ne sommes pas a\u00cc\u20ac l&rsquo;abri du destin qu&rsquo;ont connu d&rsquo;an- ciennes civilisations comme celles des Mayas ou de l&rsquo;i\u00cc\u201ale de Pa\u00cc\u201aques, condamn\u00e9\u0081es par leur propre science, leur culture, leur ing\u00e9\u0081niosit\u00e9\u0081 et leur aveuglement. Le d\u00e9\u0081bat scientifique sur les changements clima- tiques, dont on mettait en doute la r\u00e9\u0081a- lit\u00e9\u0081 il n&rsquo;y a pas si longtemps encore, a pris un tour plus alarmant. Ne serait-il pas trop tard? s&rsquo;interroge-t-on.<\/p>\n<p>Selon une \u00e9\u0081tude britannique de jan- vier 2005, le point de non-retour serait atteint avec une hausse de temp\u00e9\u0081rature de deux degr\u00e9\u0081s Celsius combin\u00e9\u0081e a\u00cc\u20ac une concentration de dioxyde de carbone de 400 parties par million. De 275 ppm qu&rsquo;elle \u00e9\u0081tait avant la R\u00e9\u0081volution indus- trielle, cette concentration est aujour- d&rsquo;hui de 379 ppm. Un niveau presque irr\u00e9\u0081versible, a\u00cc\u20ac tout le moins a\u00cc\u20ac l&rsquo;\u00e9\u0081chelle temporelle humaine. C&rsquo;est dire que la multiplication des d\u00e9\u0081sastres m\u00e9\u0081t\u00e9\u0081o- rologiques, la fonte de l&rsquo;Arctique, les s\u00e9\u0081cheresses, les feux de for\u00e9\u201at et les inon- dations sont d\u00e9\u0081sormais in\u00e9\u0081luctables. Pour \u00e9\u0081viter des perturbations plus graves aux- quelles nous pourrions \u00e9\u201atre incapables de nous adapter, advenant par exemple le doublement des concentrations de dioxyde de carbone, le consensus scien- tifique mondial pr\u00e9\u0081conise de r\u00e9\u0081duire celles-ci a\u00cc\u20ac 60 p. 100 au-dessous de leur niveau de 1990. La cible de 6 p. 100 du protocole de Kyoto ne repr\u00e9\u0081senterait donc qu&rsquo;un tr\u00e9\u20acs modeste progr\u00e9\u20acs.<\/p>\n<p>M\u00e9\u201ame pour les optimistes les plus endurcis, l&rsquo;avenir de notre plan\u00e9\u20acte ne semble gu\u00e9\u20acre souriant. Notre seul espoir r\u00e9\u0081side dans le renversement complet des priorit\u00e9\u0081s des entreprises et des gouverne- ments, ce que pourrait favoriser la recon- naissance grandissante du ro\u00cc\u201ale des nouvelles technologies dans la cr\u00e9\u0081ation d&rsquo;une nouvelle dynamique \u00e9\u0081conomique. De son co\u00cc\u201at\u00e9\u0081, le Canada doit tout mettre en \u0153uvre pour convaincre les nations r\u00e9\u0081calcitrantes, surtout les E\u00cc\u0081tats-Unis, de rencontrer les d\u00e9\u0081lais de r\u00e9\u0081duction. En d\u00e9\u0081cembre 2005, il disposera d&rsquo;une excel- lente occasion de contribuer a\u00cc\u20ac l&rsquo;am\u00e9\u0081lio- ration de la vie sur Terre. (Article traduit de l&rsquo;anglais)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la vie de notre plan\u00e9\u20acte, un quart de si\u00e9\u20accle ne compte que pour un petit battement de c\u0153ur, un imperceptible clignement des yeux. Par rapport aux 3,6 milliards d&rsquo;ann\u00e9\u0081es de la Terre, l&rsquo;humanit\u00e9\u0081 n&rsquo;en est qu&rsquo;a\u00cc\u20ac ses premiers balbutiements. 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